Où se situe la ligne rouge d’un projet ? Doit-on tout accepter pour le faire réussir ? Pour y répondre, l’Afrolab se penche sur l’exemple édifiant de Michaela Coel et sa série à succès “I May Destroy you”.

Michaela Coel vs Netflix

En 2017, Michaela Coel soumet à Netflix le pitch de ce qui allait être une série à succès, I May Destroy You, une histoire inspirée de sa vie, qui convoque plusieurs sujets d’actualité tel que le consentement, la culture du viol, mais aussi l’amitié, et l’évolution de soi. Netflix lui propose une avance d’1 millions de dollars contre l’abandon de ses droits sur la série. Coel tente alors de négocier 5% de ses droits sur l’oeuvre :

“«Il y a juste eu un silence au téléphone», dit-elle. «Et elle (ndlr : la représentante de Netflix) a dit:« Ce n’est pas comme ça que nous faisons les choses ici. Personne ne fait ça, ce n’est pas un gros problème. »J’ai dit:« Si ce n’est pas grave, alors j’aimerais vraiment avoir 5% de mes droits. »». Silence. (Coel) a négocié jusqu’à 2%, 1% et finalement 0,5%. (…) Lorsqu’elle a appris qu’ils ne lui permettraient pas de conserver un quelconque pourcentage des droits d’auteur, elle a dit non. Aucun montant n’en valait la peine.”

Source : VULTURE

Le pouvoir du “non”

La mésaventure de Coel est malheureusement très fréquente, mais il est intéressant de se demander : à quel moment dire non ?

Les “non” permettent souvent de définir le cadre d’un projet, son ADN, mais aussi ses objectifs. S’ils apparaissent difficiles à dire au tout début d’un projet, ils sont pourtant de formidables repères sur lesquels revenir au fil du temps, quand d’autres choix cornéliens se posent. A quoi mesure-t-on l’évolution d’un projet ? Ce n’est pas tant au prestige, mais plutôt aux objectifs qui ont été fixés en premier lieu.

Quand Coel a signé sa première série, Chewing Gum, elle ne connaissait rien de l’industrie de la télévision, ni de ses codes ou de ses subtilités. Cette méconnaissance l’a amené à diriger un show avec peu de marge de manoeuvre, et peu de pouvoir décisionnel dans l’élaboration de la série. Résultat : la dernière saison s’est déroulée dans des conditions éprouvantes et conflictuelles avec les dirigeants de la chaîne. La question n’est pas tant de savoir si Coel aurait pu faire autrement et éviter cette mauvaise expérience, la question est de savoir ce qu’elle en a retiré.

Si Michaela Coel a été capable de dire non à Netflix et ses 1 millions d’avance, c’est parce qu’elle a défini au préalable le cadre dans lequel elle souhaitait réaliser son projet, et les conditions nécessaires à sa réalisation. Prenez le temps de tracer la ligne rouge de votre projet aujourd’hui, pour mieux le cerner et le défendre demain.

Et vous, à quoi diriez-vous “non” pour votre projet, même si cela signifiait refuser un tel deal ? 👀

Signature afrolab